"Il faut cultiver notre jardin"

lundi 26 décembre 2016

Black Messie

Un titre noir pour une couverture plutôt légère puisqu'elle reprend un personnage de Boticelli. C'est le dernier Simonetta Greggio : entre lumière et obscurité, entre grâce et laideur.

Dans les douces collines de Toscane, le Monstre de Florence a sauvagement assassiné sept jeunes couples entre 1968 et 1985. Cet horrible fait divers a inspiré films et romans, dont Le Silence des agneaux. Le silence avait recouvert cette sombre histoire jusqu'au jour où filles et garçons recommencent à tomber, fauchés par un serial killer étrangement semblable à celui d’autrefois. Le Monstre est-il revenu ? A-t-on commis une erreur à l’époque ?
Le capitaine des carabiniers Jacopo D’Orto mène l’enquête. Proche de la retraite, il n’a plus rien à perdre. Il va alors remuer le passé, sonder les mystères, les silences, l'obscurité des êtres.....
Chaque chapitre laisse la parole à différents protagonistes (une fois de plus !!) et parfois même à des déséquilibrés dont on découvre à la fin qu'ils se cachent derrière la façade la plus Une intrigue policière qui avance doucement au gré des errements de Jacopo.
C'est déroutant, parfois inquiétant et, surtout, la construction en chapitres alternés nuit quelque peu à la fluidité du récit. Certes cela permet de reconstituer les errances des uns et des autres mais le dynamisme du roman en pâtit. Un peu déçue.

dimanche 20 novembre 2016

M.Origami

À l’âge de vingt ans, le jeune Kurogiku tombe amoureux d’une femme qu’il n’a fait qu’entrevoir et quitte le Japon pour la retrouver. Arrivé en Toscane, il s’installe dans une ruine isolée où il mènera quarante ans durant une vie d’ermite, adonné à l’art du washi, papier artisanal japonais, dans lequel il plie des origamis. Un jour, Casparo, un jeune horloger, arrive chez Kurogiku, devenu Monsieur Origami. Il a le projet de fabriquer une montre complexe avec toutes les mesures du temps disponibles. Son arrivée bouscule l’apparente tranquillité de Monsieur Origami et le confronte à son passé. Les deux hommes sortiront transformés de cette rencontre.
Un joli roman qui se lit très vite. Un bel effort de concision et un style épuré. 
Un hommage aux Haïkus, au papier washi, à la culture du zen certes mais qui laisse un peu sur sa faim.

dimanche 30 octobre 2016

Le dernier Harry Potter

Harry Potter et l'enfant maudit est la dernière livraison de J.K Rowling. 
Il s'agit d'une pièce de théâtre qui se situe dix-neuf ans après la fin de la célèbre saga. On frétille d'avance à l'idée de replonger dans le monde de la magie...... Que sont devenus les héros ? Voldemort menace-t-il toujours le monde de Poudlard ?
Si l'on est content de retrouver Harry Potter, Hermione, Ron et les autres on est un peu déçu par le manque de densité de l'ouvrage. Ca ressemble franchement à une tentative maladroite de surfer sur le mythe et c'est un peu réchauffé. Qui dit pièce de théâtre dit dialogues ce qui entraîne finalement un contenu peu développé et beaucoup moins dense en descriptions. Certains passages ne consistent qu'en un rappel du contenu de certains tomes.... Mais on se laisse finalement prendre et la magie opère car on replonge dans le monde des sortilèges, des potions, des patronus et des retourneurs de temps. Ce qui est intéressant (mais insuffisamment développé ou de manière mièvre - rythme du théâtre oblige) ce sont les difficultés des héros, devenus adultes, à gérer leurs émotions, leurs rôles de parents.....
Bref pas si mal mais la saga est largement meilleure !

samedi 22 octobre 2016

Les nuits de laitue

J'aime beaucoup les couvertures des éditions Zulma. Très souvent, en plus, se cachent derrière de bons petits romans. Le titre de celui-ci intrigue et nous entraîne dans un univers un peu loufouque mais aussi plein de bienveillance.

Otto et Ada partagent depuis un demi-siècle une maison jaune perchée sur une colline et une égale passion pour le chou-fleur à la milanaise, le ping-pong et les documentaires animaliers. Sans compter qu’Ada participe intensément à la vie du voisinage, microcosme baroque et réjouissant.
Il y a d’abord Nico, préparateur en pharmacie obsédé par les effets secondaires indésirables; Aníbal, facteur fantasque qui confond systématiquement les destinataires pour favoriser le lien social; Iolanda et ses chihuahuas hystériques ; Mariana, anthropologue amateur qui cite Marcel Mauss à tout-va; M. Taniguchi, centenaire japonais persuadé que la Seconde Guerre mondiale n’est pas finie. Quant à Otto, lecteur passionné de romans noirs, il combat ses insomnies à grandes gorgées de tisane tout en soupçonnant qu'on lui cache quelque chose…
Au décès d'Ada, Otto se retrouve seul et désemparé : sa femme "branchée sur le 220 volts" n'est plus là pour organiser les journées. Et puis, quelle difficulté de vivre son deuil quand les différentes figures qui peuplent son environnement ne cessent de virevolter autour de lui ! Chapitre par chapitre, l'auteur nous fait ainsi découvrir les membres d'une collectivité dont Ada était un rouage essentiel. Au gré des récits des échanges entre elle et ses voisins, le portrait de la défunte s'élabore. ET l'on pressent qu'on a caché des choses à Otto.
C'est plutôt loufoque, un peu foutraque et sympathique. Ce roman n'atteint pas le niveau de "flodinguerie" de Paasilinna mais reste agréable à lire.

lundi 10 octobre 2016

Un parfum d'herbe coupée

Nicolas Delesalle choisit de composer son roman un peu à la manière d'un "je me souviens". Chaque chapitre tourne ainsi autour d'un souvenir qui semble remonter à la surface. 
Les réminiscences - odeur, saveur, bruit, geste ...- sont autant de sources d'où jaillissent les éclats de vie et les pièces d'un puzzle personnel.  Car l'auteur se raconte peut-être derrière son narrateur Kolia qui évoque par bribes et avec pudeur tous les petits et grands moments qui ont compté dans sa vie et qui la constituent voire la construisent. C'est bien de cela qu'il s'agit, comprendre que notre mémoire engrange, telle une boîte à souvenirs, les traces du passé et les éléments qui nous constituent.
Un roman doux, frais, pas mélancolique.
« Le jour où mon père a débarqué avec son sourire conquérant et la GTS, j’ai fait la gueule. Mais j’ai ravalé ma grimace comme on cache à ses parents l’odeur de sa première clope. J’ai dit “ouais”, j’ai dit “super”, la mort dans l’âme, même si j’avais compris que la GTS pour la GTX, c’était déjà le sixième grand renoncement, après la petite souris, les cloches de Pâques, le père Noël, Mathilde, la plus jolie fille de la maternelle, et ma carrière de footballeur professionnel. »

vendredi 30 septembre 2016

Les vies multiples d'Amory Clay

Au lendemain de la Première Guerre mondiale, la très jeune Amory Clay se voit offrir par son oncle Greville un appareil photo et quelques conseils rudimentaires pour s’en servir. Elle ignore alors que c’est le déclencheur d’une passion qui façonnera irrévocablement sa vie future. 
William Boyd nous entraîne à la suite de la vie tumultueuse et remplie d'Amory Clay, photographe prometteuse et toujours sur la brèche. Née en 1908, disparue en 1978, Amory a la bougeotte : impossible de rester dans le cadre ! Berlin, Paris, Londres, le Vietnam, les USA, tel est son terrain de jeu. C'est tout le XXè siècle qui défile dans viseur : lendemain de la 1ère guerre et rationnement, plongée dans le milieu interlope de Berlin, montée du fascisme (elle se fait tabasser à Londres), journaliste de guerre en Europe avant le débarquement, journaliste accréditée au Vietnam..... Elle a tout vu, tout vécu, Amory. Le récit est ponctué de clichés qu'elle prend, n'hésitant pas à rivaliser d'imagination pour prendre des photos à la dérobée (ah, les sacs à mains !). Et ses mains tiennent des appareils aux noms qui font rêver : Box Brownie, 2A Kodak Junior à soufflet, Butcher Klimax, Ensignette, Voigtländer, Zeiss Contax, Leica. Bien équipée ! Au fil des pages, au gré des planches contact et des tirages se dessine les contours tantôt nets tantôt flous de son parcours. Les pages se tournent comme celles d'un album de souvenirs. Car, oui, Boyd cède à la tentation de la narration croisée passé/présent mais, heureusement, il fait cela avec doigté, précision. Ce faisant, il nous embarque dans l'univers des femmes photographes qui témoignent d'une époque. Et l'on croit à sa construction littéraire. car il s'agit bien de cela : Boyd crée, invente, fait naître une femme hybride mélange de ces Margaret Bourke-White, Lee Miller et autres hussardes de la photographie. Un être "fictif parce qu'inventé, concret parce que produit par des vies réelles". C'est là tout le brio de l'auteur.
C'est non seulement un bel hommage à cet art et à sa technique mais aussi un bien beau portrait de femme. Amory est vive, fringante, libre, touchante et vivante. Un très bon roman.

samedi 17 septembre 2016

La renverse

En furetant dans les rayons de la bibliothèque, je m'arrête sur le dernier Olivier Adam. Je dois avouer que j'avais un peu arrêté de le lire tant ses histoires sont souvent sombres et déprimantes. Mais j'en avais entendu du bien,  alors je m'y risque.  
"La renverse: période de durée variable séparant deux phases de marée ( montante ou descendante ) durant laquelle le courant devient nul".
Exilé en Bretagne, le narrateur, Antoine, cherche à oublier le passé, ne s'embarrasse de rien dans sa vie, notamment sa vie amoureuse. On sent qu'il souhaite être le plus léger possible, sans réelles attaches et surtout ne veut guère laisser prise sur lui. Un jour, après une ballade sur un sentier côtier et dans un paysage âpre (cliché sur la Bretagne ?), il entre dans le bar du coin et entend une voix à la radio annoncer la mort de Jean-François Laborde, ancien sénateur-maire de M., en banlieue parisienne, et ancien ministre.  A son retour chez lui, il ne peut s'empêcher d'effectuer quelques recherches sur la toile et ouvre la boîte de Pandore qu'il avait pourtant bien décidé de laisser verrouillée.
On suit alors le flux et le reflux des souvenirs brassés avec le présent dans lequel Alexandre veut à tout prix rester ancré malgré tout. Et l'on comprend, au fil des pages, qu'il a définitivement tourné le dos à sa vie d'avant, à sa jeunesse, à sa mère, à ses parents. 
C'est violent certes, mais nécessaire pour se reconstruire quand on a été confronté à un sordide faits divers impliquant sa mère, surtout quand celle-ci se targuait d'incarner la figure maternelle parfaite. Olivier Adam nous plonge, avec La renverse, dans un scandale politique peu reluisant et révélateur des jeux de pouvoir dans lesquels les puissants n'hésitent pas à se mouiller pour exercer leur autorité, se gargariser de leur influence quitte à abdiquer toute conscience morale.
C'est pas mal du tout : les personnages abjects sont décrits dans toute leur crudité, le narrateur est un peu paumé et ses doutes le rendent assez touchant.