"Il faut cultiver notre jardin"

dimanche 11 septembre 2016

Sens dessus dessous

Un joli bijou que nous offre Milena Agus en nous plongeant dans l'atmosphère foutraque d'un immeuble de Cagliari en Sardaigne. 
En haut vit M.Johnson senior, un vieil excentrique qui se promène souvent avec les lacets défaits et des vestes trouées. Peu lui importe, lui ce qu'il aime c'est jouer du violon. Sa femme, lassée de son originalité, soucieuse de son bien-être et de vivre dans le luxe, est partie. Leur fils Johnson junior ne tarde pas à débarquer avec son enthousiasme à toute épreuve, sa joie de vivre et son petit garçon Giovannino - adorable, mesuré et sensible. A l'étage en dessous vit Alice, la narratrice, dont le père s'est suicidé et la mère devenue cinglée. A l'entresol vit Anna et sa fille Natasha d'une jalousie maladive. Anna tire le diable par la queue pour survivre, Alice est étudiante en lettres et en mal d'amour, Natasha a un fiancé et n'a qu'une peur : qu'on le lui souffle. On l'aura compris, chacun des personnages traîne ses casseroles, a une vie pas toujours simple. Mais les escaliers de l'immeuble deviennent le lieu où l'on se croise, où l'on se parle, où se nouent des liens et où se décident des changements qui vont mettre l'immeuble sens dessus dessous. Anna rebaptisée Anina va devenir gouvernante (et peut-être plus) dans l'appartement du haut aux grandes baie vitrée et à la vue sur mer. Alice continue à chercher le grand amour, M.Johnson junior essaye d'apprendre aux autres à vivre la vie comme elle vient.
Ce récit de vies entremêlées est léger, empreint de folie mais n'hésite pas à aborder des thèmes plus sérieux comme le suicide, la maladie, l'homosexualité ou encore l'homoparentalité.
Un très bon moment.

jeudi 8 septembre 2016

Une ombre sans doute

Michel Quint est un auteur que j'ai découvert il y a peu. Et ce nouveau titre que je viens de lire confirme que c'est un auteur à suivre.
Certes dans ce roman, on retrouve les époques entremêlées mais c'est pour mieux tisser la trame d'une histoire familiale qui trouve des échos dans une histoire personnelle, intime, comme si tout était lié, comme si les événements s'expliquaient les uns les autres. Mais ça on ne le comprend qu'à la fin et c'est ce qui fait la force de la construction ciselée par l'auteur.

A la mort de ses parents, le narrateur revient dans le village de son enfance, dans le Nord. Ses parents sont morts, enfin, ils ont plutôt décidé de partir. Pourquoi ? il ne le sait pas et n'est pas certain de vouloir le savoir. Sauf qu'il croise la route d'une amie de ses parents qui va lui raconter le passé. Commence alors une plongée dans les souvenirs. Retour pendant la Seconde Guerre mondiale : les parents du narrateur viennent de se rencontrer. Elle travaille dans un atelier de couture où les ouvrières chantent, aiment et pleurent leurs amours passées. Tout le monde cherche à vivre en oubliant les noirceurs de la guerre. L'arrivée d'un espion anglais bouleverse la petite vie de ce groupe : jalousies, amour, désirs, résistance, héroïsme, compromission..... Le narrateur reconstruit le passé de ses parents comme on place une à une les pièces d'un puzzle. Cet homme ambigü (quelle est donc sa profession ?), faible par moment, va peu à peu se trouver, se retrouver et mieux comprendre d'où il vient. Ce roman est donc l'histoire de la révélation d'une identité, de la compréhension de soi et de la réconciliation avec le passé. Un beau texte.

samedi 3 septembre 2016

On ne voyait que le bonheur

Après L'écrivain de la famille, La liste de mes envies, La première chose qu'on regarde, je tombe sur le nouveau roman (2014) de Grégoire Delacourt, ex-publicitaire converti en romancier. Pourquoi pas avant la rentrée ? 
C'est l'histoire d'Antoine, expert en assurance qui revient sur sa vie et ses souvenirs. A coup de chapitres très courts, ayant pour titre des chiffres liés au contenu du texte (bof), il remonte le fil de sa vie : son enfance, ses parents, la mort d'une de ses soeurs jumelles, le départ de sa mère, un père mutique incapable d'exprimer sa tendresse, la rencontre avec sa femme, les errements amoureux de celle-ci, l'arrivée des enfants et le rêve d'une vie de famille où l'on ne voit que le bonheur, la descente aux enfers, la chute, le drame, la maladie du père .....
Beaucoup de pathos : il n'a vraiment pas de bol cet Antoine, ses parents non plus....
Un roman construit en triptyque (au moins on n'a pas l'alternance des époques, des points de vue...) : le nord de la France, la côte ouest du Mexique. Le dernier tableau s'affranchit de la géographie et nous plonge dans les écrits de la fille d'Antoine qui essaye de se reconstruire et - elle aussi - de recoller les morceaux.
Une première moitié de roman un peu lourde et excessive en pathos : à force d'accumuler les malheurs et les coups du sort l'auteur peine à convaincre. La partie mexicaine est plus légère et correspond au moment où le héros s'est allégé de sa colère contre la vie, contre ses parents, contre les autres et contre soi-même. La dernière partie, enfin, permet un happy end un peu convenu et mièvre même si elle est porteuse d'espoir sur la possibilité de se reconstruire après des événements terribles.
Bref, un roman qui se lit mais qui est un peu convenu. Une écriture simple et sans grand effet de style.

mercredi 17 août 2016

Les Frères sisters

Merci à Vincent pour le conseil ! Les frères sisters ou Brother sisters : un roman bien sympathique
Il s'agit d'un roman déjanté, qui joue avec les codes du western. Les deux héros sont, en effet, un peu loin du type héroïque: tueurs professionnels, ils ne semblent pas si dangereux que ça et sont loin de réussir tout ce qu'ils entreprennent.
Oregon, 1851. Eli et Charlie Sisters chevauchent vers Sacramento, Californie, dans le but de mettre fin, sur ordre du "Commodore", leur employeur, aux jours d'un chercheur d'or du nom de Hermann Kermit Warm. Charlie est une brute épaisse, un ivrogne et ne se pose pas beaucoup de cas de conscience quand son frère, Eli, est plus sensible, plus humain. Il réfléchit d'ailleurs beaucoup à leur choix de vie, s'interroge sur la question de savoir s'il ne faudrait pas raccrocher, s'installer dans une petite vie tranquille... Malgré leurs différences et différends, ces deux-là sont très soudés. Et tant mieux, vu le nombre de rencontre toutes plus insolites, burlesques ou dangereuses qu'ils font. Individus patibulaires, femmes de petite vie, personnages désespérés, chefs de gang, chercheurs d'or... voilà tout le personnel de ce roman jubilatoire qui nous plonge dans l'Amérique de la Ruée vers l'or.
Dans ce roman jubilatoire, drôle, excentrique Patrick deWitt enchaîne les chapitres comme on enfile les perles d'un collier et l'on avance d'aventure en aventure, de rencontre en rencontre jusqu'au retour au bercail familial.  
Un très bon moment !

lundi 15 août 2016

Hubert Haddad le peintre d'éventail


Un roman contemplatif et une immersion dans un jardin magnifique animée par l'âme et le savoir-faire d'un jardinier peintre d'éventails. Fin fond de la contrée d'Atôra (NE île de Honshu). Matabei s'y réfugie dans une pension tenue par Dame Hison, ancienne prostituée qui accueille toutes les âmes un peu perdues. Clientèle singulière (Monsieur Ho, la belle et mystérieuse Enjo, Anna et Ken les deux amants fugitifs). Dans cet endroit hors du temps et tourné vers un jardin fabuleux, ponctué par de petites rivières, des bassins et des terrasses, Matabei peu à peu se dépouille au sens propre et au sens figuré. Il s'oublie et oublie son ancienne vie, découvre le sens profond du jardin crée et entretenu par le vieux Osaki, s'initie au savoir-faire de ce maître d'éventails et peu à peu retrouve un certain calme. Devenu maître à son tour, il initie Hi-han Xu jeune garçon peu cultivé, un peu gauche qui apprend à manier les casseroles aux fourneaux de la pension. Lecture, écriture, peinture... voilà une partie de ce que Matabei transmet à Hi-han. Mais le jardin n'est pas toujours aussi zen que l'on pourrait le croire : il abrite des liaisons, des passions déchirantes, des brûlures, des fêlures, des trahisons .... jusqu'au jour où la terre tremble et engloutit avec elle les habitants, les arbres, le jardin et la région. Cataclysme humain et naturel puisque après avoir perdu son disciple (Matabei a succombé aux charmes de la jeune Enjo que convoite Hi-han), Matabei perd ses repères, ses compagnons. Il survit, seul et rongé par la plaie d'un amour évaporé (par la catastrophe?) et va finir de s'effacer derrière les morts et les âmes de ceux qu'il a cotoyés. Il leur rend hommage, accomplit les cultes mortuaires et peut, à la toute fin, une fois réconcilié avec Hi-han – qu'il a un jour trahi- laisser son âme s'envoler en paix. « La vie est un chemin de rosée dont la mémoire se perd, comme un rêve de jardin. Mais le jardin renaîtra, un matin de printemps, c'est bien la seule chose qui importe. Il s'épanouira dans une palpitation insensée d'éventails. »

samedi 6 août 2016

Corniche Kennedy M de Kerangal


Réparer les vivants fut, pour moi, une révélation. Avec Corniche Kennedy (antérieur au précédent), je retrouve avec délice M.de Kérangal. Si l'écriture est un peu bavarde parfois, c'est, une fois de plus, un roman bien écrit et fort agréable à lire, d'autant que le style se simplifie avec bonheur vers le milieu du roman. On y suit les tribulations d'une bande d'adolescents qui sautent dans la mer depuis la corniche au grand dam d'un maire d'abord soucieux de son image et de soigner sa "clientèle" électorale. Cette bande de jeunes, issus de milieux pas forcément favorisés, sont suivis, surveillés et épiés par un flic dont on devine qu'il cherche quelqu'un en plus de traquer les proxénètes et les passeurs de came. Un bon roman.

mercredi 3 août 2016

Expo Sabine Weiss : un pur bonheur


Magnifique exposition au château de Tours !
Des photos somptueuses, un œil acéré et capable de saisir des détails, une femme au caractère enjoué et affirmé, une photographe humaniste.

@ voir absolument